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L'Affaire Lerouge

Émile Gaboriau
Collection Mystères
Parution : Février 2026
Broché
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The Book Edition
Poche
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Le commissaire de police s’arrêta. Pendant le trajet, sa suite s’était rapidement grossie de tous les badauds et de tous les désœuvrés du pays. Il était maintenant entouré d’une quarantaine de curieux.
— Que personne ne pénètre dans le jardin, dit-il.
Et, pour être certain d’être obéi, il plaça les deux gendarmes en faction devant l’entrée, et s’avança escorté du brigadier de gendarmerie et du serrurier.
Lui-même, à plusieurs reprises, il frappa très-fort avec la pomme de sa canne plombée, à la porte d’abord, puis successivement à tous les volets. Après chaque coup, il collait son oreille contre le bois et écoutait. N’entendant rien, il se retourna vers le serrurier.
— Ouvrez, lui dit-il…
… Le commissaire et le serrurier échangèrent un regard plein de sinistres inquiétudes. — « Ça va mal ! » murmura le brigadier, et ils entrèrent dans la maison, tandis que la foule, contenue avec peine par les gendarmes, trépignait d’impatience, tendant le cou et s’allongeant sur le mur, pour tâcher de voir, de saisir quelque chose de ce qui allait se passer.
Ceux qui avaient parlé de crime ne s’étaient malheureusement pas trompés, le commissaire de police en fut convaincu dès le seuil…

Etienne-Emile Gaboriau est né le 9 novembre 1832 à Saujon (Charente-Maritime). Son père, Charles-Emile, de par son emplois de fonctionnaire est amener à de fréquents déménagements. Du fait de ces changements incessants de domicile, le jeune Emile est un élève médiocre (sauf en latin) et n’aura pas son baccalauréat. Par contre, il se prend d’une véritable passion pour les Histoires extraordinaires d’Edgar Poe, et notamment les nouvelles mettant en scène le chevalier Dupin, le célèbre détective.
En 1851.il s’engage dans les hussards à cheval, mais démissionne assez vite. Il se retrouve alors clerc de notaire. Mais très vite, il décide de monter à Paris ou, il survit en faisant divers métiers . Il ne rêve cependant que d’une chose : la gloire littéraire. Il commence par écrire des chroniques pour différents journaux et, a force de perceverence, finit par entrer au service de Paul Féval, comme secrétaire, et de son périodique Jean Diable, dont il devient un collaborateur régulier.
Entre septembre et décembre 1865 il fait paraître dans le journal le Pay, L'Affaire Lerouge qui, faute de publicité, passe presque totalement inaperçu. Sauf de Moïse Millaud, un journaliste et financier, qui décide avec son titre, Le Soleil, de le racheter et le rediffuser, en faisant cette fois de la publicité. C’est alors un triomphe ! Du coup, Le Petit Journal, un autre quotidien de Millaud, et un des plus importants du pays, signe avec Gaboriau un contrat dans lequel il est stipulé que le jeune homme doit produire un "roman judiciaire" par an. C’est ce qui lance sa carrière d’auteur. Paraissent successivement dans le Petit Journal Le Crime d’Orcival et Le Dossier 113 en 1867, Les Esclaves de Paris en 1868, Monsieur Lecoq en 1869 et enfin Le Petit Vieux des Batignolles(publié de façon posthume) en 1876. Mais Gaboriau commence à se fatiguer de ce qui n’est pas encore un genre et peu à peu s’en éloigne. Il veut en effet élargir sa palette et utilise la technique du feuilleton pour une critique sociale acerbe.
Si une partie de sa production est une littérature "de mœurs", comme on disait à l’époque, et qui a connu un certain succès, il reste dans l’histoire littéraire comme celui qui a "inventé" le roman policier. C’est en effet le premier qui ait écrit ce type d’histoires. Edgar Poe, avec son détective Dupin, a créé de toute pièce les structures du récit d’enquête. Mais ce ne sont que trois nouvelles. Son héros, le chevalier Dupin, est un détective amateur, qui joue sur la logique et la déduction, laissant de côté l’épaisseur du vécu. Alors qu’Emile Gaboriau nous montre dans de longues narrations des personnages tels que magistrats et inspecteurs, qui représentent officiellement la loi. Dans L’Affaire Lerouge, le protagoniste principal est encore un détective non officiel, le Père Tabaret, dit Tirauclair. Mais il est accompagné de l’agent Lecoq, figure encore secondaire qui deviendra un des personnages fétiches de Gaboriau. Si Edgar Poe a inventé les structures du récit d’énigme, comme la découverte du cadavre, les premières constatations, les interrogations des témoins, le raisonnement final et le dévoilement du coupable, Gaboriau lui a mis des personnages vivants, dépeignant leurs motivations, leurs visions contradictoires, leurs amours ou leurs ambitions. Comme le dit un critique de l’époque, : "Gaboriau a créé une action intéressante, inventé des personnages animés chacun de leur vie propre, créé un dialogue, multiplié les incidents ; là ou, en un mot, le premier [Edgar Poe] avait seulement construit la carcasse du système, le second y a mis les chairs, le sang, le souffle, la vie" (Marius Topin : La Presse, 29 mai 1875). L’enquête ne s’y limite pas à une simple déduction, mais s’étend dans de nombreuses directions, se fond dans un récit social qui pénètre tous les milieux, ouvrier, paysan, bourgeois et même aristocrate.
Emile Gaboriau est un homme de constitution fragile. Il a continuellement des ennuis de santé, attrape une infection pulmonaire, et décède le 29 septembre 1873.
Pour lire l'article complet de Roger Musnik sur le Blog Gallica: Emile Gaboriau (1832-1873)